Micro-trottoir : 5 étapes clés

par | 19/01/2020 | radio

Qu’est-ce qu’on appelle un micro-trottoir ?

Un micro trottoir ou « micro trott », c’est un micro tendu à des inconnus, le plus souvent dans un lieu public, dans le but de récupérer un ensemble de témoignages sur un sujet traité.

Dans le cadre d’une émission plateau avec des invités « experts », la diffusion d’un micro-trottoir permet d’avoir des avis variés du public, de faire réagir les invités et de créer une proximité avec l’auditeur qui peut s’identifier aux réponses données.

Selon les questions posées, le micro-trottoir donne parfois lieu à des réponses inatendues, on peut fréquemment voir l’exemple chez Quotidien comme dans la vidéo ci-dessus.

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Étape 1 : le choix du matériel

De quoi avez-vous besoin ? Quel est votre budget ? Cette étape va déterminer la qualité sonore de votre enregistrement.

Pour un micro-trottoir audio, vous n’aurez pas forcément besoin de beaucoup de matériel. Un téléphone pourrait presque suffire pour obtenir un résultat correct. Il existe des micros externes adaptés à votre téléphone, ou des adaptateurs xlr pour mobile.

Quel enregistreur choisir ?

Si vous êtes souvent amené à faire interviews ou prises de son, il est recommandé d’acheter un enregistreur audio portable. Sur le marché vous trouverez notamment les marques Zoom, Tascam, ou encore Yellowtec et Nagra pour les plus gros budgets.

Mon conseil : choisissez la simplicité et la qualité, les gros modèles aux multiples fonctionnalités sont surtout adaptés pour la fiction, la prise de son cinéma, le bruitage, l’enregistrement multipiste, le soundscape voire même l’ASMR et la VR avec des produits spécifiques comme ceux proposés par 3Dio.

Personnellement j’avais acheté un Zoom H5 et je me suis vite rendu compte que je ne l’utilisais pas à 100% de ses capacités. Je l’ai finalement revendu pour acheter le Zoom F1SP (pour un budget de 200€). Un système compact, peu connu et particulièrement polyvalent : en dehors des interviews radio, il peut se porter à la ceinture avec un micro cravate et même se fixer sur un appareil photo/vidéo. Exemple d’enregistrement ci-dessous :

Quel micro choisir ?

Pour ce type d’exercice, évitez l’enregistreur avec micro « stéréo », autrement dit avec deux microphones unidirectionnels croisés (ou un micro bi-directionnel). Certes, vous obtiendrez un bel effet stéréo idéal pour capter des ambiances sonores, mais si vous faites votre micro-trottoir dans un lieu bruyant, il vous sera difficile d’isoler votre sujet et vous serez parasité par le bruit ambiant.

Si vous avez déjà un micro de ce type, notez que dans les réglages de votre enregistreur, il est normalement possible de désactiver la stéréo pour n’utiliser qu’un seul des deux micros, ce qui résoudra ce problème.

Si vous n’avez pas encore fait votre achat, je vous conseille un micro « canon » (figures 1 et 6 ci-dessous). La directivité ultra cardioïde de ces micros permet de resserrer le faisceau sonore capté, c’est idéal dans notre cas.

Faut-il enregistrer avec un casque ?

Oui, oui, oui ! Je sais que certains pensent « non ça ne sert à rien, on voit bien sur le vu-mètre si le son sature ou si le niveau est trop faible ».

S’il y a du vent par exemple, des interférences, ou si vous utilisez un micro filaire et qu’il y a un faux contact sur votre câble, vous ne le verrez pas forcément sur le vu-mètre, pour autant ça peut rendre votre son inexploitable. Et rien de pire que de devoir refaire une interview que vous avez déjà fait (croyez-moi).

Vos meilleures amies sont vos oreilles, alors utilisez un casque, même si sa qualité n’est pas incroyable. Si vous le souhaitez mettez-le sur une seule oreille, mais au moins vous entendrez tout de suite le moindre problème d’enregistement.

De mon côté j’ai opté pour le traditionnel Sennheiser HD 25, un casque de qualité, pratique à transporter et idéal pour la prise de son.

Quel logiciel choisir pour le montage ?

Choisissez l’outil qui correspond le mieux à vos besoins et à votre niveau de compétences techniques et informatiques.

Même s’il est théoriquement possible d’utiliser un séquenceur monopiste, un logiciel multipiste est plus adapté pour monter son micro-trottoir.

Multipiste signifie que vous allez pouvoir superposer plusieurs sons afin de fluidifer vos enchaînements d’un témoignage à l’autre. Vous pourrez également ajouter une ambiance sonore en dessous de votre son si nécessaire.

Parmi les logiciels gratuits vous trouverez notamment Audacity et Garage Band.

A partir de 80€ Hindenbourg propose une solution dédiée aux utilisations radio.

Pour les plus confirmés on peut citer Cubase, Reason, Abletonn-Track Studio ou encore Pro Tools. Personnellement j’utilise Logic Pro sur Mac.

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Étape 2 : avant de partir

Quelques astuces pour gagner du temps et pour éviter les mauvaises surprises…

Votre carte SD est-elle à l’intérieur de l’enregistreur ? Ou dans le lecteur carte de votre ordinateur ?

Avez-vous suffisemment de batterie ? Dans le doute, prenez un jeu de piles supplémentaires, ça vous sauvera sans doute un jour ou l’autre. En général c’est ce fameux jour où vous avez une interview très importante que l’enregistreur s’éteint…

Préparez les questions que vous allez poser pour les avoir en tête. Si vous avez plusieurs micros-trottoirs à faire, groupez vos enregistrements pour gagner du temps !

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Étape 3 : le choix du lieu

Il va déterminer l’ambiance sonore de votre enregistrement, il contribue aussi à la facilité à aborder votre public.

De manière générale, évitez les rues dans lesquelles il y a de la circulation, ça vous aidera aussi au montage : on entend beaucoup plus les coupes quand une voiture passe au même moment. Choisissez une rue piétonne, un marché animé, un salon ou un événement… Un lieu duquel il se dégage une ambiance sonore vivante. Attention si ça souffle, prévoyez une bonnette anti-vent.

Avec le temps je me suis rendu compte que les inconnus acceptent plus facilement de répondre à vos questions lorsque vous êtes dans un lieu propice à la détente ou un lieu « fermé ». Par exemple, vous êtes dans un parc d’attraction, les visiteurs sont là pour se divertir, ils sont souvent en groupe et plus ouverts à ce genre d’expériences.

Si vous êtes dans un musée ou une salle de concert, vous êtes dans l’enceinte de l’établissement, les « inconnus » deviennent des « visiteurs » qui se retrouvent dans un même endroit. Il seront plus rassurés à l’idée de vous répondre.

Maintenant que vous avez choisi le lieu, dès votre arrivée, prenez un son d’ambiance de 30 secondes à 1 minute, ça vous servira au montage ! Pensez à refaire un enregistrement d’ambiance à chaque fois que vous changez d’endroit, ou si vous remarquez que le bruit ambiant évolue.

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Étape 4 : comment aborder des inconnus ?

Le micro-trottoir est une véritable expérience sociale. Non, aborder des inconnus ce n’est pas toujours facile. Et puis il y a des jours où on est motivés, et d’autres ou on n’a pas envie ! Mais quand faut y’aller, faut y’aller. Alors comment s’y prendre ? Voilà ce que j’ai appris avec le temps :

  • si possible, choisissez bien votre heure, certains moments de la journée sont plus propices à la rencontre et à l’échange.
  • marchez d’un pas assuré vers les inconnus, ce ne sont pas eux qui viendront vers vous !
  • cherchez les gens du regard, vous verrez assez vite si la personne n’a pas envie de vous répondre.
  • ciblez un large public, il est intéressant de varier, homme, femme, couples, groupes, jeunes, moins jeunes…
  • souriez, plus le sourire est grand, moins vous essuierez de refus (pas trop quand même pour ne pas passer pour un psychopathe mangeur d’enfants).
  • restez courtois, de manière générale n’insistez pas trop en cas de refus.
  • quand vous abordez un groupe, insistez un peu, en général il y a au moins une personne qui acceptera de vous répondre. Et souvent, elle incitera les autres à participer aussi !
  • annoncez la couleur dès le début et en une phrase : le nom de la radio, le thème du micro-trottoir…
  • soyez réactif pour allumer votre micro afin de ne pas rompre le lien avec votre interlocuteur.
  • posez des questions « ouvertes » pour éviter des réponses par « oui » ou par « non »
  • evitez de parler en même temps que la personne intérrogée et laissez-lui le micro même quand c’est vous qui intevenez.
  • pendant les interviews, essayez de détendre l’atmosphère pour que ce soit plus amusant que stressant !
  • vous avez manqué une réflexion intéressante ? N’hésitez pas à demander à votre interlocuteur de répéter sa phrase.
  • ne prenez pas trop de son, essayez d’avoir des réponses variées.
  • evitez d’enregistrer des gens que vous connaissez, le rendu sera plus authentique avec de parfaits inconnus.
  • à la fin, prenez le temps d’expliquer la date et le contexte de diffusion.
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Étape 5 : montage, mixage et export

Vous avez désormais un enregistreur rempli de rushs, découvrez comment procéder de façon méthodique et efficace.

Après avoir transféré les sons de votre enregistreur, importez-les dans votre logiciel de montage.

Commencez par les organiser, repérez les courbes, les moments de blancs, nettoyez les hésitations et gardez uniquement ce qui est utile. Regroupez les sons par thèmes, mettez les réponses similaires ensemble, et essayez de raconter une histoire. Vous pouvez utiliser des codes couleurs ou ajouter du texte comme dans l’exemple ci-dessous. Tout doit s’enchaîner logiquement et de façon rythmée.

Je vous recommande d’utiliser deux pistes et d’alterner : un son sur la première piste, le suivant sur la deuxième, le suivant sur la première… Vous pourrez ainsi légèrement chevaucher les interventions pour ne pas interrompre l’ambiance de fond.

Pensez à utiliser des fondus entrants et sortants entre vos différents sons, là encore pour plus de fluidité.

Ensuite, équilibrez les niveaux si vous constatez de grands écarts sonores d’une personne à l’autre. S’il y a une différence d’ambiance, importez le son d’ambiance que vous avez enregistré sur une troisième piste et adaptez le volume jusqu’à ce que ça vous convienne.

Ajoutez un EQ et un léger compresseur sur votre tranche master pour un rendu plus propre. Une fois le résultat satisfaisant, exportez, et le tour est joué !

D’après mon expérience, le format idéal d’un micro-trottoir se situe entre une minute et une minute trente. Mais tout dépend de votre projet, pour illustrer une chronique par exemple, vous pouvez isoler les meilleurs témoignages et faire plusieurs pastilles de quelques secondes… Tout est possible !

Les micro-trottoir sur cette page ont été réalisés par mes soins, vous pouvez en écouter d’autres ici. Si vous avez besoin de ce genre de service n’hésitez pas à me contacter !

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